Le marché en données
Pourquoi la BRVM est, en devise forte, l'un des meilleurs marchés du monde sur cinq ans
Voici un fait que presque personne ne connaît, y compris parmi ceux qui investissent depuis Abidjan, Dakar ou Cotonou. Entre le 1er janvier 2021 et le 31 décembre 2025, la Bourse régionale des valeurs mobilières a doublé. L'indice BRVM Composite est passé de 145,37 à 345,75 points, une hausse de 99,15 % en cinq ans. Le chiffre vient de la BRVM elle-même.
Sur la même période, le S&P 500, l'indice vedette de la Bourse américaine, a rapporté 96,2 %, en comptant les dividendes réinvestis. Le marché des actions le plus regardé du monde, celui de Nvidia et d'Apple, a fait un peu moins bien que la cote d'Abidjan.

Et cette comparaison est encore injuste envers la BRVM, dans les deux sens. On y reviendra, parce que l'honnêteté sur les deux sens est exactement ce que ce blog veut apporter.
L'argument de la devise, celui qui change tout
Une performance boursière ne veut rien dire tant qu'on ne sait pas dans quelle monnaie elle est mesurée.
Les Bourses africaines qui font les gros titres sont souvent celles de Lagos ou d'Accra, avec des hausses spectaculaires. Mais le naira et le cedi ont perdu une énorme partie de leur valeur sur la période. Une action qui triple dans une monnaie qui vaut trois fois moins n'a rien rapporté du tout. C'est un sujet suffisamment important pour mériter son propre article, à venir dans cette rubrique.
Le FCFA joue dans une autre catégorie. Il est arrimé à l'euro à taux fixe, 655,957 FCFA pour un euro, sans dévaluation depuis 1994. Les +99 % du Composite sont donc des +99 % en euros. Pas des points de pourcentage gonflés par l'inflation monétaire : du pouvoir d'achat international, réellement gagné. Peu de marchés au monde peuvent en dire autant sur la période.
La comparaison est injuste, dans les deux sens
Premier sens, en faveur de la BRVM : les +96,2 % du S&P 500 incluent les dividendes réinvestis, les +99,15 % du Composite ne les incluent pas. Or la BRVM est une place de dividendes. Les rendements courants y sont parmi les plus élevés du monde, souvent entre 5 et 8 % par an sur les grandes valeurs. Ajoutez-les, et l'écart avec New York cesse d'être une photo-finish.
Second sens, en faveur du S&P 500, et il faut le dire avec la même clarté. Les deux marchés ne jouent pas dans la même cour. La cote d'Abidjan pèse environ 13 331 milliards de FCFA, à peu près 20 milliards d'euros. Le S&P 500 pèse plus de deux mille fois plus. On y entre et on en sort quand on veut, pour des montants illimités, ce qui est loin d'être vrai à la BRVM, où la liquidité est le vrai risque (un article entier y sera consacré). Et cinq années exceptionnelles ne promettent rien sur les cinq suivantes. Entre 2016 et 2020, ce même Composite avait perdu environ la moitié de sa valeur. Ceux qui achètent aujourd'hui parce que ça a monté hier reproduisent l'erreur de 2015.
Ce blog ne vous dira jamais que la BRVM est un placement miracle. Il dit quelque chose de plus précis : ce marché est sérieux, performant en devise forte, massivement ignoré, et il mérite d'être analysé avec les mêmes outils que n'importe quelle grande place. C'est ce que nous ferons ici, chiffres à l'appui.
Un marché de vraies entreprises
Derrière l'indice, il y a 47 sociétés cotées, et pas des coquilles. L'opérateur télécom historique du Sénégal et ses filiales régionales. Les filiales locales de grands groupes bancaires panafricains et internationaux. Des brasseurs, des cimentiers, des plantations d'hévéa et de palmier, des distributeurs pétroliers. Des entreprises qui vendent des choses réelles à 140 millions d'habitants d'une zone monétaire stable, publient leurs comptes, et versent des dividendes en cash depuis des décennies.
Huit pays partagent cette Bourse unique, cas rare au monde : Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo. Un habitant de n'importe lequel d'entre eux peut y investir avec un compte-titres ouvert en une après-midi. Nous avons publié un guide complet sur le sujet.
Ce que ce blog va faire de ce constat
Un marché qui double en cinq ans en devise forte et dont presque personne ne parle sérieusement en français, c'est une anomalie. Pas une anomalie de prix, une anomalie d'attention. Les données existent, publiques, quotidiennes, mais presque personne ne les travaille.
C'est le projet de ce blog. Chaque semaine, une analyse chiffrée et vérifiable : une société passée au microscope, une lecture du marché en données, un détour par les places voisines, ou une notion expliquée depuis la base. Jamais de conseil d'achat, jamais de promesse, jamais de rumeur. Des chiffres sourcés, des graphiques originaux, et ce qu'ils permettent honnêtement de conclure.
La suite logique de cet article, c'est de comprendre pourquoi cinq années à +15 % de moyenne ne garantissent rien du tout, et ce que la traversée 2016-2020 enseigne à celui qui investit régulièrement. C'est l'objet d'un article à venir. D'ici là, un chiffre suffit à retenir l'essentiel : 99,15 % en cinq ans, en euros. Ce marché mérite qu'on le regarde.
Méthodologie. Performances annuelles du BRVM Composite publiées par la BRVM (hors dividendes) : +39,15 % en 2021, +0,46 % en 2022, +5,38 % en 2023, +28,89 % en 2024, +25,26 % en 2025, soit +99,15 % cumulés (145,37 à 345,75 points). S&P 500 : rendements totaux annuels, dividendes réinvestis, source Slickcharts, cumul +96,2 % sur 2021-2025. Capitalisation actions BRVM au 31/12/2025 : 13 330,71 milliards FCFA (source BRVM). Les données du graphique sont disponibles en CSV avec cet article.
Cet article est une analyse d'information generale, produite a partir de donnees publiques. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation, ni une sollicitation. Les marches comportent des risques de perte en capital. Bantan Capital peut detenir ou non les valeurs mentionnees.