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Pourquoi nous construisons un système

Regardez ce graphique une minute avant de lire la suite.

Un an de BRVM : de −61 % à +722 % selon la valeur choisie

Quarante-sept sociétés, la même Bourse, la même année. Celui qui détenait Filtisac a perdu 61 %. Celui qui détenait SAFCA a multiplié sa mise par huit. Entre les deux, une médiane à +80 % : sur cette période, la valeur typique de la cote a presque doublé.

Ce graphique contient les deux raisons pour lesquelles nous avons choisi de construire un système plutôt que de faire confiance à notre flair. Elles tiennent en deux phrases. Sur un marché pareil, presque tout le monde gagne, donc presque tout le monde se croit doué. Et l'écart entre la pire et la meilleure valeur est si large que les choix comptent énormément, précisément au moment où l'euphorie persuade que n'importe quel choix est bon.

Le marché haussier fabrique de faux talents

Quand la médiane fait +80 %, il suffit d'avoir acheté quelque chose pour avoir une belle histoire à raconter. Le portefeuille monte, la confiance monte avec, et la confiance est un poison lent. Elle pousse à concentrer sur la valeur qui a le plus monté, à acheter le tuyau d'un ami parce que « de toute façon tout monte », à oublier qu'un jour la marée redescendra.

La BRVM a déjà donné la leçon. Entre 2016 et 2020, l'indice a perdu environ la moitié de sa valeur, cinq années de baisse presque ininterrompue, avant le grand rallye actuel. Ceux qui avaient confondu marée montante et talent ont vendu au pire moment, souvent après avoir acheté au sommet. Rien de tout cela n'est propre à l'Afrique de l'Ouest. C'est la mécanique de tous les marchés du monde, et elle se répète parce que l'émotion humaine ne se met pas à jour.

Nous ne nous croyons pas immunisés. C'est même le point de départ : nous savons que, mis devant un écran rouge ou une file de +10 %, nous prendrons de mauvaises décisions comme tout le monde. La seule défense sérieuse, c'est de décider des règles avant, par écrit, à froid, et de rendre leur violation difficile.

Ce que nous appelons un système

Rien de mystérieux, et surtout pas une boîte noire qui trade toute seule. Notre système est un ensemble de règles écrites, datées et testées, appliquées par du logiciel que nous construisons nous-mêmes. Quatre morceaux.

D'abord un score. Chaque société cotée est notée sur des faits publiés : ses résultats, son dividende et la régularité de celui-ci, sa valorisation, sa liquidité réelle. Pas d'opinion, pas de rumeur. Quand une donnée manque, elle compte comme absente ; le système n'a pas le droit de l'inventer.

Ensuite des limites. Jamais plus d'un cinquième du portefeuille sur une seule ligne, jamais de concentration excessive sur un secteur ou un pays, jamais de titre qu'on ne pourrait pas revendre en un temps raisonnable. Chaque limite a un coût, on y revient plus bas.

Puis des contrôles, tous les soirs. Un volume anormal, une chute de résultat, une hausse trop rapide sans nouvelle pour la justifier, et la ligne concernée est signalée, parfois gelée à l'achat, avant que l'envie de faire quelque chose ne s'en mêle.

Enfin un journal. Chaque décision y entre avec sa raison, sa date, et la condition qui la ferait changer. Six mois plus tard, on peut relire pourquoi on a agi, et juger la décision sur ce qu'on savait alors, pas sur ce que le cours a fait ensuite.

Et une règle chapeaute tout : la machine propose, un humain décide. Aucun ordre ne part automatiquement vers le marché. Le système existe pour retirer l'émotion de l'analyse, pas pour retirer la responsabilité de la décision.

Une règle doit payer son loyer

Le piège des systèmes, c'est l'accumulation de prudences. Chaque garde-fou rassure, aucun n'est jamais retiré, et dix ans plus tard on découvre que l'empilement a coûté plus cher que les erreurs qu'il évitait.

Nous avons donc une règle sur les règles : chacune doit démontrer ce qu'elle protège, et son coût est mesuré. Tous les mois, nous répondons par écrit à une question inconfortable : qu'est-ce qui, ce mois-ci, nous a empêchés de gagner plus, et est-ce que ça valait son prix ? Une limite qui ne mord jamais ne protège rien, elle décore. Une limite qui mord tous les mois n'est plus une garde, c'est un plafond que personne n'a décidé. Les deux cas finissent sur la table.

Pourquoi raconter tout ça publiquement

Parce que c'est le meilleur contrat de discipline que nous ayons trouvé. Écrire ses règles dans un tiroir n'engage à rien ; les publier oblige. Ce blog documentera la construction du système, ses choix, et ses erreurs. Quand nous nous tromperons, la correction sera publiée en tête d'article, avec la date.

Vous ne trouverez ici ni conseil d'achat, ni performance annoncée, ni promesse. De l'analyse chiffrée, des données vérifiables, et le récit honnête d'une discipline en train de se construire sur un marché que nous trouvons passionnant. Le graphique du haut dit pourquoi la discipline est le sujet : sur une cote qui va de −61 % à +722 % la même année, la différence entre ces deux extrêmes, c'est ce qu'on choisit, et surtout ce qu'on s'interdit.


Méthodologie. Performances sur un an glissant des 47 sociétés cotées à la BRVM, arrêtées au 3 août 2026. L'épisode 2016-2020 renvoie à la baisse prolongée de l'indice BRVM Composite sur la période. Les données du graphique sont disponibles en CSV avec cet article.

Cet article est une analyse d'information generale, produite a partir de donnees publiques. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation, ni une sollicitation. Les marches comportent des risques de perte en capital. Bantan Capital peut detenir ou non les valeurs mentionnees.